Rencontre avec Jérémie Bouttier, nouveau directeur de l’Institut Henri Poincaré

Vie des labos

Depuis le 1er juin 2025, Jérémie Bouttier est devenu le nouveau directeur de l’Institut Henri Poincaré, unité d'appui et de recherche dont les partenaires de mixité sont le CNRS et Sorbonne Université, et école interne de Sorbonne Université. Découvrez son parcours, les défis qui l’attendent et également les missions qui le réjouissent.

Je tiens à saluer l’impressionnant travail de ma prédécesseure Sylvie Benzoni, et de ses équipes, qui a abouti à la création de la Maison Poincaré, le musée où les maths prennent vie. C’est un outil précieux pour inspirer les nouvelles générations. Merci également à Cédric Villani pour l’impulsion initiale, et à Dominique Mouhanna qui a assuré l’intérim entre Sylvie et moi.
Jérémie Bouttier, directeur de l’Institut Henri Poincaré.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours professionnel ? 

Aujourd’hui professeur en mathématiques à Sorbonne Université, mon parcours de recherche est à l’interface entre les mathématiques et la physique théorique. J’ai commencé par une thèse en physique théorique, faite à l’Institut de Physique Théorique (IPhT), unité du Commissariat à l'Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives (CEA) de Paris-Saclay. J’y suis resté 17 ans, comme chercheur permanent – entre mathématiques et physique théorique. Lors de mes années au CEA Paris-Saclay, j’ai aussi effectué des mobilités dans d’autres laboratoires : en tant que professeur associé au Département de mathématiques et applications de l’École Normale Supérieure, ensuite pendant sept ans au sein du Laboratoire de physique de l’ENS de Lyon. Je suis revenu en région parisienne en 2022, et en 2023 j’ai changé de métier en prenant un poste de professeur pour rejoindre l’Institut de Mathématiques de Jussieu-Paris Rive Gauche (IMJ-PRG), comme responsable de l’équipe Combinatoire et Optimisation. 

Pourquoi avez-vous souhaité postuler à la direction de l’IHP ? 

En début d’année 2025, j’ai appris que l’Insmi et Sorbonne Université cherchaient la ou le nouveau directeur de l’IHP, et je me suis dit, « pourquoi pas moi ? ». D’une part, parce que l’on y fait tant des mathématiques que de la physique théorique, ce qui correspond bien à mon positionnement scientifique. D’autre part, parce que j’ai toujours eu un intérêt pour l’animation collective de la recherche, l’organisation de conférences, programmes, trimestres… j’avais déjà organisé un trimestre au Centre Émile Borel de l’IHP en 2009, et j’y suis depuis beaucoup passé – comme beaucoup de chercheuses et chercheurs au cours de nos carrières respectives. 

Comment envisagez-vous votre poste de nouveau directeur de l’IHP ? 

J’arrive dans l’idée que je ne suis pas là pour tout révolutionner, mais pour consolider. L’IHP a connu une très forte croissance sous ma prédécesseuse et mes prédécesseurs, avec le doublement de la surface, la réhabilitation d’un nouveau bâtiment (Perrin), la création récente d’un nouveau département (la Maison Poincaré). Selon moi, il faut inscrire ces changements dans la durée, notamment en assurant le fonctionnement du musée sur le long terme, un chantier assez différent de celui de son lancement. 

Qu’appréciez-vous en particulier dans vos missions ? 

Il s’agit d’une fonction très visible, très politique. L’IHP est très connu dans le monde mathématique, c’est un lieu symbolique. Nous sommes donc très sollicités pour représenter les mathématiques et la physique théorique. Dans mes récentes missions, j’ai par exemple eu le plaisir de prendre la parole lors de la cérémonie de remise des prix aux Olympiades féminines de mathématiques, début juillet. J’ai porté un message auprès de ces lycéennes, qui ont un intérêt pour les mathématiques, afin de les encourager à poursuivre dans cette voie.

Le positionnement géographique de l’IHP, au cœur de Paris, est à mon sens un atout essentiel. Nous sommes au carrefour de toutes les mathématiques de France, et même du monde.
Jérémie Bouttier, directeur de l’Institut Henri Poincaré

Quels sont les principaux défis et objectifs sur lesquels vous comptez travailler au cours de votre mandat ?

Un défi majeur est de faire fonctionner l’IHP en tant que tel. Avec la bibliothèque, le cœur de l’IHP, et le Centre Émile Borel, qui reçoit de nombreuses conférences depuis plus de 30 ans, se pose la question de pérenniser les financements que nous recevons et d’en créer des nouveaux. Concernant le musée, l’enjeu pour moi est de continuer à le rendre visible, après son très grand succès au lancement. Je trouve aussi important de poursuivre l’effort du musée pour atteindre tous les publics, notamment les publics jeunes, les scolaires, les zones d’éducation prioritaires… Le dispositif fonctionne déjà bien, mais la pleine capacité du musée n’est pas encore atteinte. 

Je rejoins par ailleurs un projet collectif en cours, lancé avant mon arrivée : la création de l’infrastructure de recherche MathInFrance. Les centres de conférences et de documentations qui la composent—CIMPA, CIRM, IHÉS, IHP et cellule Mathdoc— travaillent ensemble pour se faire reconnaître comme « grands instruments » de la recherche mathématique en France.

Enfin, j’arrive en poste avec la conscience que nous sommes aussi dans un contexte politique, financier et international relativement incertain : des sujets peuvent autant créer de l’inquiétude que des opportunités, sur lesquelles il faudra savoir positionner l’IHP. Nous aimerions par exemple relancer des chaires d’invitation de professeures et professeurs sur des durées longues, lancer une réflexion commune sur l’intelligence artificielle et les mathématiques et plus globalement sur le renforcement du lien entre société et mathématiques.

L’IA pose la question de l’évolution du métier de mathématicienne et mathématicien. Je pense que nous sommes bien placés pour y réfléchir à l’IHP, en lien avec nos partenaires.
Jérémie Bouttier, directeur de l’Institut Henri Poincaré

Votre regard sur l’IHP a-t-il changé depuis que vous êtes devenu directeur ?

Les personnels d’appui qui travaillent à l’IHP connaissent très bien leur métier. Ma fonction, que je découvre encore, est de donner le cap scientifique. Une partie du travail consiste d’ailleurs à rapprocher les points de vue entre chercheuses et chercheurs venant à l’IHP et équipe administrative car, lorsque l’on vient de milieux différents, on ne réfléchit pas forcément de la même façon. J’essaye donc de mener ce dialogue, en n’oubliant pas que je suis avant tout un scientifique.