L’IRL LYSM, pont mathématique entre la France et l’Italie
Créé en 2017, le Laboratoire Hypatia des Sciences Mathématiques (IRL LYSM) incarne la richesse des coopérations entre la France et l’Italie dans le domaine des mathématiques. Initiative conjointe entre le CNRS et l’Istituto Nazionale di Alta Matematica (INdAM), un institut de recherche public italien autonome dédié à la promotion et au développement des sciences mathématiques, l’IRL LYSM a été inauguré sous sa forme actuelle en 2022. Renouvelé en 2026, le laboratoire comptera désormais trois tutelles, le Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR) rejoignant ainsi les deux institutions originelles.
Une structure décentralisée unique dédiée aux mathématiques
« Le projet de création d’un Laboratoire international associé1 (LIA) entre l’INdAM et le CNRS s’est inscrit dans la continuité d’une longue histoire de collaborations scientifiques entre la France et l’Italie », explique Alessandra Sarti, future directrice adjointe de l’IRL LYSM aux côtés d’Alfonso Sorrentino, futur directeur. Dès les années 2000, le CNRS a soutenu les échanges existants via différents Groupements de recherche européens (GDRE), ainsi que des programmes bilatéraux et européens dont notamment les programmes Vinci, les projets ANR et les Partenariats Hubert Curien (PHC). C’est dans ce terreau fertile que la création du laboratoire prend forme. Son inauguration officielle, initialement prévue en 2020, a finalement eu lieu en 2022 à l’École française de Rome, marquant un temps fort pour la communauté mathématique des deux pays. « Cet événement a constitué un événement scientifique de premier plan, avec notamment les interventions de plusieurs médaillés Fields — Alessio Figalli, Curtis McMullen et Alain Connes — ainsi que de Claire Voisin, lauréate de la médaille d’or du CNRS », se remémore Alessandra Sarti.
À l’occasion de son renouvellement en septembre 2026, les deux institutions fondatrices seront rejointes par le Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR), preuve de l’importance du laboratoire dans le paysage scientifique italien.
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Les LIA du CNRS ont par la suite évolué en Unité Mixte Internationale (UMI), puis en International Research Laboratories (IRL), leur forme actuelle.
Contrairement à la plupart des autres IRL de l’Insmi et, plus généralement, du CNRS, le LYSM se distingue par un modèle décentralisé. Ouvert à l’ensemble des unités italiennes de l’INdAM, cette spécificité propre au LYSM vise à mieux soutenir le réseau franco-italien en mathématiques. Depuis sa création, le laboratoire affiche des objectifs clairs : favoriser, structurer et renforcer durablement les collaborations scientifiques entre la France et l’Italie. Une vision partagée par la nouvelle direction du laboratoire, qui prendra ses fonctions en septembre 2026. « Les précédents directeurs et directeurs adjoints, Thierry Paul, Massimiliano Mella et Alessandro Giuliani ont effectué un travail extraordinaire que nous souhaitons poursuivre » confie Alessandra Sarti, qui souhaite également que « l’IRL reste un centre très dynamique ».
Actuellement, le LYSM couvre l’intégralité des mathématiques, avec des axes allant de l’analyse à la théorie des probabilités, en passant par la géométrie algébrique, la logique ou encore la physique mathématique. Cette diversité reflète l’ambition du laboratoire et de ses directions successives : fédérer l’ensemble de la communauté mathématique franco-italienne, quels que soient les domaines de spécialité.
Témoignage de Frédéric Patras, directeur de recherche CNRS membre du LJAD
J’ai eu la chance d’être affecté au LYSM, pour 6 mois, en 2024-25. J’avais des contacts et collaborations depuis longtemps à Rome, mais n’y étais jamais resté plus d’un mois. Une immersion de longue durée change tout et permet de travailler plus en profondeur, de nouer de nombreux contacts, et de vraiment s’insérer dans les activités locales, y compris au-delà de l’équipe, voire du laboratoire d’affectation.
Le LYSM est un laboratoire CNRS-INdAM (Istituto Nazionale di Alta Matematica). Il y a donc une activité intense, avec de très nombreux séminaires, écoles, conférences, visiteurs. Y participer, comme auditeur ou intervenant, m’a permis de mieux comprendre, voire parfois découvrir, les thèmes de recherche qui y sont développés, ouvrant de nouveaux horizons à mes propres recherches, et la porte à de nouvelles collaborations.
En dépit de sa création assez récente, et à l’initiative de sa direction, très entreprenante, le LYSM a par ailleurs su créer un réseau de collaborateurs et est à l’origine de très nombreuses activités qui s’inscrivent dans l’environnement mathématique romain et contribuent de façon significative à son animation.
Les membres du LYSM sont hébergés dans l’Université qui les accueille, la Sapienza (Roma 1) dans mon cas. J’ai également reçu un accueil très chaleureux à Tor Vergata, Roma 2, où je fréquentais le séminaire d’algèbre.
Il va sans dire que la ville de Rome est par ailleurs un endroit exceptionnel, d’une richesse difficilement concevable même à qui y a déjà séjourné, et qu’on ne mesure qu’au fil du temps et des surprises, toujours renouvelées.
De nouvelles perspectives pour l’avenir
Pour Alessandra Sarti, « le développement des liens et des collaborations scientifiques entre la France et l’Italie revêt un intérêt tout particulier ». Un intérêt partagé par Alfonso Sorrentino, avec lequel la chercheuse a élaboré les objectifs de leurs mandats. « Nous souhaitons principalement renforcer le partenariat avec nos tutelles CNRS, INDAM et CNR, encourager les initiatives interdisciplinaires, soutenir les mathématiciens en début de carrière et accroître la visibilité publique et institutionnelle des mathématiques franco-italiennes » résume-t-elle. Le duo envisage également une « Conférence Hypatia », un colloque annuel comprenant deux conférences invitées, organisé par une unité de l’INdAM. Ils souhaitent aussi continuer à soutenir l’organisation de séminaires animés par des chercheuses et chercheurs affectés au LYSM, et favoriser la mobilité des scientifiques grâces à des appels à candidatures annuels.
Ce projet a d’ores et déjà reçu le plein soutien des trois tutelles du laboratoire et, pour y parvenir, ils envisagent entre autres de renforcer les liens avec d’autres institutions, notamment avec les ambassades et les institutions françaises à Rome comme l’École française de Rome, l’Académie de France ou le Lycée Chateaubriand, et italiennes à Paris.
Courant 2027, le laboratoire prévoit une conférence inaugurale pour célébrer son renouvellement, avec des exposés scientifiques et la présence de représentantes et représentants des trois tutelles.