Vie de l'INSMI #2 - Jean-Stéphane Dhersin, directeur adjoint scientifique de l'Insmi

Institutionnel

Jean-Stéphane Dhersin est  directeur adjoint scientifique de l'Insmi, en charge de l’Europe et des relations internationales
Il témoigne.

Vous êtes arrivé à l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions le 1er septembre 2018. Comment y avez-vous été amené ?

C’est Pascal Auscher, alors directeur de l’Insmi, qui m’a demandé si j’étais d’accord de prendre la suite de Sinnou David pour assurer la fonction de DAS (directeur adjoint scientifique) en charge de l’Europe et de l’international.

Je suis professeur des universités à l’universités Sorbonne Paris Nord, et à cette époque j’étais déjà impliqué dans des projets à l’international, au niveau de l’université, à travers des actions d'enseignement avec l’Afrique, la Chine et le Vietnam. J’étais également directeur du Laboratoire International Associé que le CNRS avait à Hanoï. Les relations entre mathématiciens et mathématiciennes français et vietnamiens sont fortes. Elles reposent sur plusieurs décennies de constructions soutenues par le CNRS. Elles ont été encore renforcées grâce à la médaille Fields obtenue en 2010 par Ngo Bao Chau qui fut en 1998 chargé de recherche CNRS au Laboratoire Analyse, Géométrie et Applications puis professeur au Laboratoire de Mathématiques d'Orsay en 2004, avant de partir aux Etats-Unis, puis d’obtenir en 2020 la chaire de formes automorphes du collège de France.

En quoi consistent vos missions de directeur scientifique adjoint « en charge de l’international » ?

L’intitulé de mon poste comporte deux parties : Europe et relations internationales. Cela répond à une des missions de l'Insmi, « développer des actions internationales dans son domaine de compétence, notamment en participant à la construction d'un Espace européen de la recherche en mathématiques ». Pour ces tâches, je suis particulièrement bien épaulé par Céline Montibeller, cheffe de projet partenariat et international, et par Sarah Morin, chargée d’étude. Un nombre important d’actions se fait en collaboration avec la Direction Europe et international (DEI) du CNRS.

La partie la plus importante des actions à l’international de l’Insmi est consacrée à la construction de collaborations de long terme avec nos partenaires.

L’Insmi peut s’appuyer sur une gamme d'outils proposés par le CNRS. Parmi ces outils figurent les International Research Laboratories (IRL), qui ont la même structure juridiques que les UMR du CNRS : ce sont des unités mixtes, dont l’une des tutelles est une université ou un organisme étranger, et le laboratoire est physiquement hébergé par ce partenaire étranger. Ils doivent être évalués et renouvelés tous les 5 ans. L’Insmi en pilote une dizaine. A l’inverse des UMR, où l’affectation des personnels est « permanente », l’affectation dans les IRL se fait de façon temporaire, que ce soit pour les personnels CNRS qui y sont affectés pour une période fixée et retournent ensuite dans leur unité en France, ou pour les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses qui peuvent y être accueillis en délégation, généralement pour 6 mois ou un an. Comme Alessandra Sarti (DAS en charge des unités de recherche et des chercheurs) le fait à l’institut pour les UMR, je m’occupe du suivi de ces IRL (leur création, renouvellement, et les relations avec les partenaires) et des personnels qui y sont affectés.

D’autres dispositifs du CNRS sont utilisés par l’Insmi pour la structuration en temps long de ces collaborations internationales. L’Insmi soutient ainsi certaines collaborations internationales International Research Networks (IRN), qui peuvent être  comparés aux Réseaux Thématiques nationaux (anciennement GDR), en favorisant l'organisation d'ateliers, de séminaires et d'écoles thématiques par les partenaires français et étrangers. L'objectif est de structurer une communauté scientifique sur plusieurs autres pays. Les IRN peuvent également prendre la forme de réseaux géographiques qui structurent l’ensemble des collaborations de la communauté mathématique française avec un pays cible. L’IRN AFRIMATHS a été un instrument particulièrement utile pour structurer les  relations entre la France et  les pays d’Afrique sub-saharienne. Ces IRN ont une durée de 5 ans, éventuellement renouvelable. L’Insmi soutient également des projets de temps longs, les International Research Projects (IRP) qui impliquent un nombre plus restreint de participants, sur un projet précis, une fois encore pour une durée de 5 ans.

A ces projets longs s’ajoutent des appels à projets de moindre ampleur, les International Emerging Action (IEA). Ce sont de petits projets dont la finalité est l’exploration de nouveaux champs de recherche et de nouveaux partenariats à l’international par des missions de courte durée, l’organisation de réunions de travail, l’initiation de premiers travaux de recherche en commun autour d’un projet scientifique partagé. Ces actions ont une durée de 2 ans. Chaque année, l’Insmi en finance une quinzaine.

A côté de cette structuration CNRS, nous participons également à des actions vers les pays en développement au travers du CIMPA, ou encore  nous développons des actions internationales sur le sol français avec l’IHP et le CIRM.  (expliquer les acronymes ?)

Votre mission comporte aussi une dimension européenne, pouvez-vous nous en parler ?

Cette partie s’inscrit dans la mission de « construction de l’Europe communautaire de la recherche ». L’Union Européenne dispose d’un programme européen pour la recherche et l'innovation. Nous en sommes au neuvième programme-cadre, appelé Horizon Europe. Il a débuté en 2021 pour une durée de 7 ans, et a pour objectif de renforcer les bases scientifiques et technologiques de l'Union, de stimuler sa compétitivité (y compris celle de son industrie), de concrétiser les priorités politiques stratégiques de l'Union et de contribuer à répondre aux problématiques mondiales, dont les objectifs de développement durable. Son budget est de 95,5 Mds €, ce qui démontre l’intérêt de l’UE pour ce programme.

La part la plus importante du financement du programme Horizon Europe est mis sur des projets collaboratifs. Le CNRS, propose une aide au montage de ces projets collaboratifs compliqués, notamment grâce à ses Ingénieur(e)s de Projets européens qui peuvent venir en appui dans les différentes phases de préparation, proposition, négociation du contrat et dans la phase initiale de lancement du projet. Comme ces derniers  demandent souvent une application sociétale et industrielle dans un temps court, les mathématiques sont rarement la thématique porteuse, et il est parfois difficile de recenser des projets impliquant des mathématiciens et mathématiciennes.

Pour le financement de la recherche fondamentale, une solution passe par les appels du Conseil Européen de la Recherche (ERC). Cette partie représente 17% du programme cadre, et finance des projets sur des critères d’excellence scientifique. Si le montage des projets est plus simple que celui des projets collaboratifs, il s’agit d’un travail assez lourd. En s’appuyant sur des experts de la communauté, d’anciens lauréats et d’anciens membres des jurys, l’Insmi propose son aide pour la relecture de la partie écrite du dossier, et surtout pour la préparation des candidats et candidates sélectionnés à l’entretien devant le jury. Nous sommes particulièrement heureux de voir le nombre élevé de lauréats et lauréates de laboratoires français au cours des années passées. Ceci prouve le niveau d’excellence scientifique de nos laboratoires, sans oublier que le programme ERC représente aussi une source de financement très importante des laboratoires : la France arrive en première position des pays financés en mathématiques, avec 106 bourses ERC, suivi par le Royaume-Uni (88) et l’Allemagne (69).

L’Europe se monte bien entendu avec les communautés des autres pays de l’UE. Nous rencontrons une partie de cette communauté dans le cadre de réseaux d’échanges et d’activités de la société mathématique européenne (EMS), par exemple lors des réunions ERCOM, ou encore lors des réunions avec les agences de financement de la recherche mathématique des autres pays européens.

Quel est le sujet qui vous anime le plus ?

Je dirais que pour moi la partie la plus intéressante de l’administration de la recherche au niveau international se situe au niveau des IRL. Ces lieux ont un véritable impact sur la recherche des personnels envoyés, et les discussions scientifiques avec les partenaires sont passionnantes. Ils sont également des sources de liens forts entre la France et le pays hôte.

Notre présence à l’international a également des conséquences sur l’attractivité de la France pour des jeunes chercheurs étrangers. Je parlais plus haut de la venue de Ngo Bau Chau comme CR, mais l’on pourrait également parler d’Arthur Avila, médaille Fields 2014, initialement à l’IMPA qui accueille l’IRL que nous avons à Rio et qui a été recruté au CNRS. Les laboratoires de mathématiques français parviennent à attirer des centaines de jeunes chercheurs et chercheuses du monde entier, qui viennent faire ici une partie de leur carrière. Ils sont notre force pour la qualité de leur recherche, mais également pour les relations fortes pour lesquelles ils sont souvent moteurs avec leur pays d’origine.

L’autre point vraiment intéressant est l’accompagnement des dépôts de projets ERC. D’une part, parce que c’est en général l’accouchement d’un projet scientifique longuement muri, mais également parce que l’accompagnement s’appuie sur de nombreux chercheurs et chercheuses que nous sollicitons, et qui répondent toujours présents. Cette mobilisation témoigne d’une communauté extrêmement soudée.

Quels sont les sujets qui vous attendent pour cette rentrée ?

Nous sommes en véritable expansion au niveau international. Le CNRS, dans son contrat objectif performance, avait mis une priorité sur les relations avec l’Afrique. Une série de dispositifs au niveau de la DEI et de l’Insmi a développé ces relations. Nous avons parlé plus haut de la création de l’IRN AFRIMATH. La DEI a financé une quinzaine de projets en mathématiques, que ce soit dans le cadre de l’appel Dispositif de Soutien aux Collaborations avec l’Afrique subsaharienne, le soutien au CIRM du projet Recherches en résidence CIRM-AIMS, ou encore l’obtention d’un financement Joint Research Project qui permettra à Ludovic Rifford (PR au Laboratoire Jean Alexandre Dieudonné à Nice) de passer un trimestre par an pendant 4 ans dans un centre AIMS.  

Nous avons transformé au 1er janvier 2023 notre ancien Laboratoire International Associé avec le Vietnam en IRL.  Situé à Hanoi, il  s’appuie à la fois sur le partenaire historique qui est l’institut de mathématiques de l’Académie des Sciences et Technologies du Vietnam (VAST), mais également sur l’Institut Vietnamien d'Études Avancées en Mathématiques (VIASM) dirigé par Ngo Bao Chau.

Un autre projet particulièrement excitant est la création,  après cinq ans de travail préparatoire avec le Japon, de l’IRN AHGT-Rims à Kyoto,  qui a été suivi en septembre par l’ouverture de l’IRL FJ-LMI à Tokyo, avec l’Université de Tokyo, l’un des partenaires privilégiés du CNRS.

Enfin, en janvier 2024, nous devrions lancer un IRL avec l’université de la République, à Montevideo, qui s’appuie sur le LIA que nous avions avec l’Uruguay.