Le mathématicien Mattias Jonsson nommé CNRS Fellow Ambassadeur 2026
Mattias Jonsson, en poste à l’Université du Michigan, rejoint le dispositif des CNRS Fellow Ambassadeur. Avec cette quatrième cohorte, le programme des fellow-ambassadeurs du CNRS confirme son ambition : faire du CNRS un point de convergence des grandes communautés scientifiques internationales.
Après avoir obtenu un doctorat en mathématiques à l'Institut royal de technologie (KTH) de Stockholm en 1997, Mattias Jonsson a passé la majeure partie de sa carrière à l'université du Michigan, avec notamment une période en tant que professeur à la KTH et des postes de chercheur invité à l'Institut des hautes études scientifiques, à l'École polytechnique, à l'université technologique de Chalmers et à Sorbonne Université. Il est devenu professeur en 2009, est membre de l'American Mathematical Society et a été boursier de la Fondation Simons en 2023–2024.
Initialement axées sur la dynamique complexe de dimensions supérieures, ses recherches se sont récemment orientées vers les techniques non archimédiennes en géométrie et dynamique complexes, à travers les valorisations et les espaces de Berkovich. Il est l'auteur de plus de soixante articles de recherche en mathématiques, dont plusieurs publiés dans des revues de premier plan, et a dirigé une douzaine de doctorantes et doctorants. En collaboration avec Sébastien Boucksom, il a utilisé une approche non archimédienne pour réaliser des avancées importantes sur la conjecture de Yau-Tian-Donaldson, contribuant ainsi à la compréhension des conditions de stabilité et des métriques canoniques sur les variétés complexes.
Pourriez-vous présenter et nous parler de votre parcours professionnel ?
Je suis originaire de Suède, titulaire d'une licence de l'université de Göteborg et d'un doctorat de l'Institut royal de technologie de Stockholm. Depuis, j'ai passé la majeure partie de ma carrière à l'université du Michigan, avec quelques séjours en France et en Suède. Les mathématiciens français ont joué un rôle crucial tout au long de ma carrière, depuis le regretté Nessim Sibony qui m'a aidé pendant mes études de doctorat, jusqu'à mes collaborations approfondies avec Charles Favre et Sébastien Boucksom.
Quels sont vos domaines de recherche et sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Mes premiers travaux portaient sur la dynamique complexe, et plus particulièrement sur l’étude des itérations d’automorphismes rationnels de variétés complexes. Au début des années 2000, Charles Favre et moi-même avons découvert par hasard une manière d’utiliser des méthodes non archimédiennes pour étudier certains problèmes de la dynamique complexe, par exemple la vitesse de convergence vers l’infini des orbites de la dynamique polynomiale en dimension deux. Depuis lors, l’utilisation d’outils non archimédiens, tels que les espaces de Berkovich, joue un rôle crucial dans mes travaux. En collaboration avec Charles Favre et, surtout, Sébastien Boucksom, j’ai développé des outils fondamentaux, tels que la théorie du potentiel sur les espaces de Berkovich, et nous les avons utilisés pour prouver des versions de la conjecture de Yau-Tian-Donaldson en géométrie complexe.
Quel est votre lien avec le CNRS ?
J’ai un lien fort avec la France en général et les mathématiques françaises en particulier, où le CNRS joue bien sûr un rôle crucial. Mes deux principaux collaborateurs depuis des années, Charles Favre et Sébastien Boucksom, sont tous deux directeurs de recherche au CNRS, et durant les étés 2011 et 2012, j’ai été invité à l’École polytechnique grâce à un financement du CNRS.
Que signifie cette nomination pour vous ?
Compte tenu de mes liens de longue date avec les mathématiques françaises, c’est un immense honneur d’avoir été sélectionné comme Fellow-Ambassadeur du CNRS. Cela me permet non seulement de poursuivre mes collaborations existantes, mais aussi de m’étendre à de nouveaux domaines. Je me réjouis de passer plus de temps en France au cours des trois prochaines années et de développer de nouvelles collaborations.
Quelles sont vos attentes concernant ce rôle ?
Au cours des trois prochaines années, je prévois de passer au moins trois mois par an en France, avec une présence accrue au cours des deuxième et troisième années. Je serai principalement basé à l’Institut de Mathématiques de Jussieu-Paris Rive Gauche1 à Paris, tout en me rendant dans d’autres laboratoires, notamment ceux de Toulouse et de Bordeaux. Je me réjouis de consolider mes collaborations existantes et d’en développer de nouvelles au sein de la communauté mathématique française.
J'espère également contribuer plus activement aux échanges scientifiques, par exemple en organisant un atelier thématique et en facilitant les visites de professeuses, professeurs, d’étudiantes et d'étudiants à l'université du Michigan. Le soutien aux interactions avec les jeunes chercheuses et chercheurs constituera un aspect important de cette démarche.
Sur le plan scientifique, je m’attends à ce que cette période ouvre de nouvelles perspectives à l’interface entre la géométrie complexe et les méthodes non archimédiennes, tout en poursuivant les projets en cours. Plus largement, je considère cette nomination comme une occasion de renforcer les liens à long terme entre les groupes de recherche en France et aux États-Unis, et d’accroître la visibilité de ces interactions au sein de la communauté mathématique internationale.
- 1CNRS/SORBONNE UNIVERSITÉ/ UNIVERSITÉ PARIS CITÉ