La mathématicienne Hong Wang reçoit la médaille Fields 2026

International Récompenses/Nominations

Âgée de 35 ans, Hong Wang, professeure permanente à l'Institut des Hautes Études Scientifiques (IHES) où elle est membre du Laboratoire Alexander Grothendieck1, et professeure de mathématiques au Courant Institute de l’Université de New York (NYU), devient la troisième femme à recevoir la médaille Fields, l’une des deux plus prestigieuses distinctions mondiales en mathématiques. Cette distinction, qui lui a été décernée lors du Congrès international des mathématiciens à Philadelphie le 23 juillet 20262, récompense ses travaux exceptionnels et en particulier la preuve de la conjecture de Kakeya en dimension trois, publiée avec son co-auteur Joshua Zahl en 2025.

  • 1

    CNRS/IHES

  • 2

    Ce congrès, organisé tous les quatre ans par l’Union mathématique internationale (IMU), réunit plusieurs milliers de scientifiques du monde entier. C’est à cette occasion que sont décernées les médailles Fields, qui récompensent des chercheuses et chercheurs de moins de quarante ans.

Cours de Hong Wang à l’IHES, novembre 2025 © Christophe Peus / IHES

De la Chine à la France : un parcours d’exception ancré à l’international

Née en 1991 à Guilin, en Chine, Hong Wang obtient sa licence de mathématiques à l’Université de Pékin avant de poursuivre ses études en France où elle rejoint l’École Polytechnique. Elle y obtient son diplôme d’ingénieure en 2014, tout en validant un master de mathématiques à l’Université Paris-Saclay, et c’est durant ces années qu’elle tisse des liens durables avec la communauté mathématique française. Elle poursuit ensuite son parcours aux États-Unis, où elle prépare un doctorat au Massachussetts Institute of Technology (MIT) sous la direction de Larry Guth, spécialiste en analyse harmonique. Après avoir soutenu sa thèse en 2019, elle effectue un postdoctorat à l’Institute for Advanced Study à Princeton, avant d’enseigner successivement à l’Université de Californie puis à l’Université de New-York

C’est en septembre 2025 que ses pas la ramènent en France, où Hong Wang devient la deuxième femme à occuper le poste de professeure permanente à l’IHES3. « J'ai gardé de nombreux liens avec la communauté mathématique française depuis mon temps à l’École polytechnique et à l'Université Paris-Saclay. C'est un privilège et un honneur de rejoindre l'IHES, où tant de mes héros mathématiques ont travaillé et prouvé de grands théorèmes », confie-t-elle à son arrivée. Ce poste, exercé conjointement avec NYU, perpétue la tradition de l’IHES d’entretenir des collaborations étroites avec les États-Unis.

  • 3

    La première étant Laure Saint-Raymond, nommée en 2021.

Lorsque Hong Wang a rejoint l’IHES comme professeure permanente, nous savions que nous allions accueillir une mathématicienne d’une envergure rare. Ce que la communauté mathématique internationale a confirmé depuis dépasse toutes nos attentes. Résoudre la conjecture de Kakeya en dimension trois, c’est le genre de résultat qui redessine le paysage d’un domaine de recherche tout entier.
Emmanuel Ullmo, directeur de l’IHES

Hong Wang, professeure permanente en mathématiques à l'IHES

Hong Wang a rejoint l’IHES en tant que professeure permanente en mathématiques en septembre 2025. Hong Wang s'intéresse particulièrement à l'analyse de Fourier et à la théorie de la mesure géométrique.

https://www.ihes.fr/arrivee-hong-wang/ 

Audiodescription

La conjecture de Kakeya : la résolution d’un problème centenaire 

En février 2025, Hong Wang co-publie avec Joshua Zahl un article de 127 pages intitulé « Volume Estimates for Unions of Convex Sets, and the Kakeya Set Conjecture in Three Dimensions ». Une démonstration inédite, qui représente une avancée mathématique majeure : la résolution de la conjecture de Kakeya en dimension trois. Ce problème, formulé pour la première fois en 1917 par le mathématicien japonais Sōichi Kakeya, se présente sous la forme d’une question d’apparence simple : quelle est la surface minimale nécessaire pour retourner une aiguille dans toutes les directions du plan ? En dimension deux, la réponse était déjà connue depuis longtemps. Mais en dimension trois et au-delà, la question résistait depuis plus d’un siècle aux assauts des scientifiques, jusqu’à ce que Hong Wang et Joshua Zahl apportent la solution définitive au problème pour le cas de l'espace tridimensionnel. Leur démonstration établit que tout ensemble de Kakeya en dimension 3 possède bien la dimension de Hausdorff et de Minkowski maximale, soit 3.

La preuve repose sur une méthode inédite de réduction au cas dit « sticky » (collant), identifié comme la clé du problème. L’argumentaire central combine plusieurs éléments : des estimations de volumes d’unions d’ensembles convexes, une induction multi-échelle et, enfin, des techniques de découplages introduites par les mathématiciens Jean Bourgain et Ciprian Demeter. Un nouveau cadre, donc, qui fascine la communauté mathématique et ouvre de nouvelles perspectives sur des problèmes jusqu’alors hors de portée. Terence Tao, lui-même lauréat de la médaille Fields en 2006, saluait dans la lettre Bois-Marie de l’IHES une percée historique : « La conjecture de Kakeya constituait le premier obstacle à la résolution de nombreux autres problèmes dans ces domaines. Maintenant qu'elle a été résolue, de nombreuses autres questions fascinantes s'ouvrent, portant des noms tels que la conjecture de restriction, la conjecture de Bochner-Riesz ou encore la conjecture arithmétique de Kakeya. »

Nous nous réjouissons des résultats remarquables obtenus par Hong Wang, dont les travaux sur la conjecture de Kakeya en dimension 3 marquent une avancée majeure à l’interface de la géométrie, de l’analyse harmonique et de la théorie de la mesure, et ouvrent de nouvelles perspectives pour plusieurs grands problèmes mathématiques contemporains. Cette percée illustre aussi la vitalité du partenariat déjà fécond entre le CNRS et l’IHES, au service d’une recherche mathématique de tout premier plan.
Christophe Besse, directeur de l'Insmi/CNRS Mathématiques

La médaille Fields : une consécration internationale

Après Maryam Mirzakhani en 2014 et Maryna Viazovska en 2022, How Wang, déjà considérée comme l’une des mathématiciennes les plus brillantes de sa génération, devient ainsi la troisième femme à recevoir la médaille Fields. Une consécration qui récompense une carrière hors-pair et qui rejoint la liste de prix déjà reçus par la lauréate au cours de son parcours, dont notamment le Prix Maryam Mirzakhani New Frontiers (2022), le prix Salem (2025), la Gold Medal of Mathematics (2025), le Ostrowski (2025), le prix Clay (2026) et enfin, le prix Breakthrough New Horizons (2026). 

Je reçois cette distinction avec beaucoup d'émotion et de reconnaissance. Je suis reconnaissante d’avoir croisé les bonnes personnes au bon moment, d’avoir été orientée vers les bons problèmes de recherche et d'avoir travaillé dans des environnements où je pouvais me consacrer entièrement à ma recherche. Les mathématiques sont une discipline exigeante et ce qui m'a portée, c'est avant tout la générosité de toutes celles et tous ceux qui ont accepté de travailler avec moi, de partager leurs intuitions mais aussi leurs doutes. Cette médaille reflète autant leur travail que le mien.
Hong Wang

Il s’agit de la neuvième médaille Fields attribuée à une mathématicienne ou un mathématicien de l’IHES, la douzième attribuée à un scientifique de l’Université Paris-Saclay et enfin, la dix-septième issue d’un laboratoire dont le CNRS est tutelle. « La France peut s’enorgueillir de l’excellence de sa recherche en mathématiques, dont Hong Wang est aujourd’hui l’une des plus brillantes représentantes » souligne Thierry Dauxois, président-directeur général du CNRS. « Hong Wang est un exemple de créativité et de rigueur qui mettent à l’honneur les mathématiques en France, c’est une fierté qu’elle ait rejoint un laboratoire commun entre le CNRS et l’IHES » conclut-il.

Hong Wang reçoit la médaille Fields 2026 aux côtés de trois autres mathématiciens : Yu Deng, professeur de mathématiques à l'Université de Chicago, John Pardon, professeur au Simons Center for Geometry and Physics de l'Université Stony Brook, et Jacob Tsimerman, professeur de mathématiques à l'Université de Toronto.

Dans la presse :